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Vendredi 8 mars 2019, la LinkUp Factory participait au Young Leadership Forum organisé par l’ESCP Europe. Philippe Raffin, vice-président, était membre du jury du challenge et speaker lors de la conférence « Creating sustainable business ».

Retour sur un évènement qui croisait le regard de plusieurs experts sur les opportunités et risques liés au changement climatique, avec l’interview d’Adrien Portafaix, Principal Social Impact au BCG.

 

Pourquoi les entreprises doivent-elles plus que jamais jouer un rôle dans le développement durable de nos sociétés et de notre planète ?  

AP : Plus que jamais, les parties prenantes des grandes entreprises attendent d’elles qu’elles prennent les devants sur les sujets environnementaux et sociaux. Une part croissante des consommateurs, 65% désormais, considèrent que les entreprises sont aussi responsables que les pouvoirs publics dans la gestion de ces problèmes. En pratique, près de la moitié des consommateurs sont prêt à payer plus pour un produit durable, et ils sont presque tous plus fidèles vis-à-vis des entreprises qu’ils perçoivent comme durables. Mais ce n’est pas tout, les investisseurs commencent également à favoriser les entreprises qu’ils perçoivent comme plus durables. Plus de 25% des fonds sous gestion dans le monde utilisent désormais des critères sociaux, environnementaux et de bonne gouvernance. Les critères sont incorporés d’une façon de plus en plus sophistiquée : un grand nombre d’investisseurs évoluent par exemple de l’exclusion pure et simple de certains secteurs vers une prise en compte des scores ESG (Environnementaux, Sociaux et Gouvernance d’entreprise) dans les décisions d’investissements. Finalement, les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU, signés par plus de 190 Etats en septembre 2015, formalisent pour la première fois la responsabilité des entreprises dans l’accomplissement d’une société durable et inclusive à horizon 2030. L’OCDE anticipe un déficit d’investissement de l’ordre de $2.500 Mds par an d’ici là. Un tel montant ne peut être investi par les seuls pouvoirs publics, dont l’aide au développement officielle s’élève à « seulement » quelques centaines de milliards par an. Les entreprises vont devoir trouver des modèles économiques qui promeuvent un développement durable et solidaire tout en étant financièrement viables.

 

Quel impact financier pour les entreprises qui décident d’être leader sur les sujets environnementaux, sociaux, et de gouvernance ?

AP : La grande majorité des rapports indiquent une corrélation positive entre la performance sociale et environnementale d’une entreprise, et sa performance financière. En 2017, le BCG a réalisé l’étude Total Societal Impact. Il s’agit d’une étude approfondie sur quatre secteurs : les hydrocarbures, les laboratoires pharmaceutiques, les biens de grande consommation et le secteur bancaire. Nous avons collecté et normalisé les scores d’une centaine d’indicateurs ESG pour en observer la corrélation avec la performance actuelle, représentée par les marges, et avec la performance future, représentée par les valorisations. Pour chaque secteur, un nombre limité d’indicateurs est corrélé à une surperformance, et ceux-ci changent en fonction du secteur. C’est-à-dire qu’il y a quelques sujets qui vont soit aider l’entreprise à réduire ses risques ou ses coûts, soit permettre à l’entreprise de se différencier par le haut, en offrant des produits innovants et plus créateurs de valeur pour leurs parties prenantes, comme par exemple leurs clients ou leur employés. Ainsi, dans la grande consommation, les 20% d’entreprises qui disposent des politiques d’achats les plus responsables voient leurs marges brutes 4.8% supérieures par rapport aux autres acteurs, ainsi qu’une valorisation supérieure de 11%. Par exemple, Pepsi, qui nécessite un approvisionnement fiable en matières premières de qualité, a mis en œuvre un programme « Sustainable Farming Initiative»  pour assister ses fournisseurs agricoles à produire plus, à générer plus de revenus, tout en étant exemplaire en matière de droits de l’homme et de respect de l’environnement. Le programme permet notamment aux producteurs de pommes de terre en Inde d’avoir accès à une équipe d’expert pour optimiser leur production. Dans le cadre de ce programme, Pepsi informe les producteurs de son prix en amont de la saison. En conséquence, la chaine d’approvisionnement devient plus résiliente, et les fournisseurs plus loyaux.  De même pour l’inclusion financière dans les banques, une politique activiste de démocratisation de l’accès aux médicaments dans le secteur pharmaceutique ou une politique forte en matière de lutte contre la corruption dans les hydrocarbures. Une approche volontariste sur les sujets sociétaux de chaque secteur, va de pair avec une performance financière supérieure à la moyenne.

 

Par où commencer ?

AP : La première étape consiste à comprendre l’impact sociétal de son entreprise. L’impact ne se limite pas aux aspects environnementaux, sociaux, et de gouvernance. Au BCG, nous utilisons la terminologie « d’impact sociétal global / total sociétal impact », qui intègre aussi les impacts économiques (emplois, taxes, etc.) ou le bien-être des consommateurs finaux par exemple. L’impact n’est pas seulement au travers des opérations internes, mais tout au long de la chaine de valeur de l’entreprise, de l’extraction de matières premières à l’utilisation des produits et services par les consommateurs, sans oublier la fin de vie des produits. Une fois les impacts clés identifiés, il s’agit de fixer un nombre limité d’objectifs ambitieux, si possible en cohérence avec les objectifs de développement durable de l’ONU. Par exemple, Unilever a identifié 3 objectives clés  dans le cadre de son programme « Sustainable Living » : (1) améliorer la santé et le bien-être d’1 milliards de consommateurs à travers de produits qui permette une meilleure nutrition et une meilleure hygiène, (2) améliorer les conditions de vie d’1 million de personnes dans la chaîne de valeur de l’entreprise à travers plus d’équité sur le lieu de travail, l’égalité des chances homme-femme, et des activités inclusives, et finalement (3) réduire de moitié l’empreinte environnementale associée à la fabrication et l’utilisations de leurs produits. Ces objectifs contribuent peu ou prou à 13 des 17 Objectifs de Développement Durable de l’ONU. Enfin, l’entreprise doit intégrer ces objectifs dans ses opérations (e.g. critères d’investissement, rémunérations) et dans son reporting pour espérer transformer son modèle économique en profondeur.